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A Lima, les chauffeurs de bus sous la menace à la veille de la présidentielle
information fournie par AFP 11/04/2026 à 10:49

Un policier à bord d'un bus dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Un policier à bord d'un bus dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

A Lima, policiers en uniforme ou en civil, boutons de panique et caméras se multiplient dans les transports publics face aux agressions, parfois mortelles, qui touchent les chauffeurs, à la veille d'une présidentielle marquée par la question sécuritaire.

Un chauffeur de bus sort de son véhicule dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Un chauffeur de bus sort de son véhicule dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, l'un des plus touchés par la criminalité, Zacarias Lopez, 58 ans, entame dès l'aube sa journée de travail au volant de son bus aux sièges usés.

Pendant plus de quinze heures, il sillonne les rues de ce quartier tentaculaire qui s'étend jusqu'aux collines arides de l'est de la capitale péruvienne, entre façades de briques, poussière et affiches de campagne.

Des policiers devant des bus au dépôt dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Des policiers devant des bus au dépôt dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Interrogé sur les promesses de fermeté des 35 candidats en lice pour le scrutin de dimanche, ce père de cinq enfants ne cache pas sa lassitude. "Ils promettent mais ne tiennent jamais parole", lâche-t-il.

"Certains jouent avec nos sentiments et pendant ce temps, on continue de nous tirer dessus", ajoute-t-il, confiant redouter chaque jour "de ne pas rentrer vivant à la maison".

Le Pérou traverse une crise sécuritaire sans précédant.

Un policier en civil à bord d'un bus de la compagnie Santa Catalina dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Un policier en civil à bord d'un bus de la compagnie Santa Catalina dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Entre 2018 et 2025, les homicides ont plus que doublé (2.600 par an), tandis que les plaintes pour extorsion ont été multipliées par plus de huit, une escalade qui coïncide avec l'implantation de groupes criminels transnationaux rivalisant avec les gangs locaux.

- Tueurs à gage -

Dans ce pays de 34 millions d'habitants, où près de 70% des actifs exercent une activité informelle, selon des données officielles, la précarité économique favorise le recrutement de jeunes par ces groupes criminels.

Zacarias Lopez Bujaico conduit un bus de la compagnie Santa Catalina dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima  ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Zacarias Lopez Bujaico conduit un bus de la compagnie Santa Catalina dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Les chauffeurs de bus figurent parmi les professions les plus exposées à l'extorsion. Les compagnies qui refusent de payer font l'objet de représailles: des tueurs à gage sont envoyés pour viser les conducteurs, souvent la nuit, parfois devant les passagers.

En 2025, au moins 75 chauffeurs ont été tués, principalement à Lima, selon la police. L'extorsion touche aussi les écoles privées, les petits commerces et les groupes musicaux.

Face à cette insécurité, les entreprises de transport renforcent leurs dispositifs: boutons de panique reliés à la police, caméras de géolocalisation et présence d'agents, en uniforme ou en civil.

Vue aérienne de bus au dépôt de la compagnie Santa Catalina dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Vue aérienne de bus au dépôt de la compagnie Santa Catalina dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Dans un des dépôts de la compagnie Santa Catalina, un centre de vidéosurveillance inauguré mercredi permet de suivre en temps réel les déplacements des bus, progressivement équipés de boutons de panique placés près du poste de conduite, un dispositif jugé imparfait par certains chauffeurs.

"Si le délinquant arrive par derrière la portière, je n'aurai même pas le temps d'appuyer", relève Zacarias Lopez, tout en encaissant les deux soles (0,60 USD) du ticket de passagers montant à bord.

- "Promesses non tenues" -

Malgré ces dispositifs, l'inquiétude persiste également parmi les passagers. "Il n'y a pas de sécurité, nulle part", soupire Maruja Castillo, 70  ans, à bord du bus conduit par Zacarias Lopez.

Des passagers à bord d'un bus dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Des passagers à bord d'un bus dans le district populaire de San Juan de Lurigancho, le 8 avril 2026 à Lima ( AFP / ERNESTO BENAVIDES )

Au dépôt de Santa Catalina, une banderole à l'effigie d'un chauffeur assassiné en mars, encadrée de rubans noirs, rappelle la gravité de la situation. Malgré les "promesses non tenues, nous ne perdons pas espoir qu'un nouveau gouvernement améliore la sécurité", affirme Eiffel Calla, 38 ans, chef de la sécurité.

Les attaques répétées ont poussé de nombreux conducteurs à quitter la compagnie, qui tente de recruter via des annonces apposées sur ses bus. Elle affirme avoir été extorquée ces derniers mois par six organisations criminelles.

La majorité des candidats à la présidentielle promet de reprendre le contrôle, évoquant des récompenses financières pour les policiers, le rétablissement de la peine de mort ou l'envoi de criminels dans des prisons isolées au cœur de la jungle.

"Tous les candidats vont dire ce que le peuple veut entendre", lâche Victoria Pérez, 49 ans. "Mais de là à ce qu'ils tiennent parole (...) c'est une autre histoire", ajoute cette passagère, qui dit ne pas savoir encore pour qui elle votera, comme 16% des électeurs selon Ipsos .

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